Évitons atermoiements, suppliques et autres appels à l’aide. À force d’énumérer ses souffrances et de répéter ses vices, on a tendance à s’en remettre à la Miséricorde. Voire à marauder dans la niaiserie existentielle. Je pense avoir assez donné dans ce registre. Essayons plutôt une autre approche. Moins hypocrite, moins complaisante. Me concernant, bien sûr. Je ne vais pas vous invectiver pour mon bon plaisir. Encore que …
Comme vous l’aurez deviné, je n’ai vraisemblablement rien fait ces dernières semaines, si ce n’est dégoter une piaule sans nom et continuer d’écrire. En fait, cette fin de printemps s’est résumée à cela. Point d’escapade hors de Paris, point de nuits fiévreuses sous acides, ni de compagnes brisées. Libido à zéro faute d’envie et d’efforts. Seule ma consommation de palliatifs sur-taxés ou illégaux resta à sa superbe. Enfin, jusqu’à maintenant.
La rédaction du roman progresse lentement, mais reste constante. Le plan d’intrigue est relativement terminé, à moins que de nouveaux éléments viennent s’ajouter à la construction du récit. L’ensemble des personnages principaux et autres protagonistes est défini, et leurs psychologies détaillées au possible sur des fiches-rappel. Bien sûr, il est inutile de tenter de vous en faire un quelconque résumé. Chaque chose en son temps. Nul besoin de présenter un projet à peine commencé.
Le rythme d’écriture reste soutenue, ce qui me fait relativement plaisir. L’inspiration est là, ne me lâche point, m’amenant à prendre certains risques dans le style. En gros, je m’éclate sans pour autant en avoir l’air, ni l’impression. La principale difficulté, après réécritures de chaque passage pondu (sale habitude), est de maintenir la même tension dramatique tout au long du récit, phrase après phrase. Une gageure particulièrement difficile à tenir dans un état second, à la limite de retours de masse pour cause d’ébriété.
Le principale avantage de l’écriture sous ivresse est l’absence totale de bornes, de limites. J’éradique le monde autour de moi pour en façonner un à mon image, dénué de scrupules et d’abnégation mal placée. Cependant, cette “méthode” de rédaction amène à être trois fois plus vigilent sur la continuité du récit : éviter tout simplement de se perdre dans des conneries sans forme ni nom … En somme, on la ferme et l’on continue.
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À jeun depuis peu, j’émerge progressivement. Tente de dégoter une dernière clope à fumer mais ne trouve qu’une dizaine de cadavres vides pour seule réponse à mon attente. Sans la moindre motivation, je prends une douche, me rase et m’habille dans un style vestimentaire depuis longtemps mis de côté. Après avoir fuis aussi longtemps que possible toute socialisation au cours de ces derniers mois, je me retrouve coincé à jouer de nouveau les péteux à costard pour un job que je ne souhaite en aucun cas accepter.
Pour comprendre pourquoi, revenons un peu en arrière. Il y a de cela moins d’une semaine, je reçus un mail d’un vieux pote de fac, bossant maintenant dans le monde magnifique et enchanté de l’Édition, la vraie. Souhaitant reprendre contact avec moi malgré 5 années passées sans le moindre échange de part et d’autre, je lui répondis que je n’étais point disponible, faute de temps libre.
Étant bien trop concentré dans la rédaction de mon livre, et n’ayant (faut savoir être honnête) nullement envie de voir qui que ce soit pour le moment, je n’ai pas vraiment tenté d’enjoliver mes propos. Sa réaction en fut pour le moins déroutante : il me bombarda d’appels pendant 2 jours, saturant ma messagerie vocale, sans pour autant expliquer pourquoi.
Complètement saoul, je le rappelai au beau milieu de la nuit, lui faisant clairement comprendre que je comptais l’emmerder autant qu’il l’avait fait pour moi:
« – Salut Marc, c’est moi.
– Fayçal, il est 3h du mat’, mec. Je bosse tôt demain.
– Rien à foutre, tu m’as laissé 13 appels en absences et 6 messages complètement incompréhensibles. Simple retour d’ascenseur. Que voulais-tu me dire alors ?
– Hum … Comment dire cela ? Écoutes … Je suis tombé sur ton blog il y a quelque temps, un collègue m’en avait parlé. Pour tout dire, j’étais sur le cul en découvrant qu’il est de toi. Depuis, j’en ai parlé au bureau et on aimerait te voir pour discuter si possible.
– C’est quoi ton plan foireux, et comment ça se fait que tu connaisses mon site aussi facilement ? P’tain, j’avais pas prévu ça … Alors dis-moi, c’est pour quoi ?
– Mec, on peut pas en parler demain autour d’un verre, je suis vraiment crevé. Demain à 12h30 au Café de Flore, ça te va ?
– Non. Je ne me lève jamais aussi tôt, de surcroît pour me retrouver à BHL-land. Rendez-vous à 14h à Belleville. Y a un bistrot pas cher face au kiosque, en sortant du métro. Tu peux m’y attendre.
– D’accord. A demain alors.
– Ouais, c’est ça. »
Arrivé au point de rendez-vous, j’eus droit au sempiternel cliché des retrouvailles. Ajoutez-y Bruel en fond sonore, et je n’aurai point hésiter à brûler le bistrot où nous étions attablés. De là, Marc enchaîna :
« – Ainsi, t’es devenu auteur toi aussi ?
– Pourquoi “moi aussi” ? Tu savais que j’écrivais lorsque nous étions encore à Tolbiac ? Je ne pense pas. Je ne suis pas devenu auteur, et je ne pense pas le devenir. J’écris. C’est tout.
– Allez, Fayçal, te vexes pas. Je trouves vraiment bien ce que tu écris. Le ton caustique me plaît beaucoup. On dirait un mix entre Bukowski et Beigb …
– Ne finis surtout pas ta phrase ! Me comparer au premier serait de la flagornerie. Me comparer au second serait pas contre une belle injure. Ne nommes plus jamais cette engeance devant moi … Je le hais.
– D’accord, d’accord. Pourquoi tu t’énerves comme ça. On s’est toujours bien entendu quand on était à la fac. Qu’est qui t’est arrivé pour changer à ce point ?
– Il me faudrait une putain d’épiphanie pour te répondre. Venons-en au fait s’il te plaît, Marc. Pourquoi voulais-tu me voir ? Un blog pourrit suffit à mettre en effervescence toute une maison d’édition ou quoi ? Qu’est-ce que tu me veux ?
– Merde … Vu la manière dont tu réagis à tout ce que je dis, je sens que je vais faire une belle connerie.
– Accouche !!
– C’est bon, c’est bon. Mon responsable est en charge d’une collection de biographies. Il s’agit d’ouvrages narrant l’enfance et le parcours de …
– Oh putain. Oh putain. Me dis pas que tu vas oser me proposer cela. Je m’attendais à tout mais pas à ça. Tu me vois devenir nègre pour le moindre parasite ?! Tu me vois écrire calmement la vie d’un énième branleur, acclamé de tous pour son incapacité à formuler correctement la moindre phrase. Tu me vois servir un café à l’intéressé entre deux prises de note, versant une larme après qu’il m’ait raconté comment ses parents ont divorcé alors qu’il n’avait que 8 ans, ou un énième secret de famille du genre “je me suis fais violer par mon oncle l’été de mes onze ans”, dis-je avec une belle voix de tapette …
– Pourquoi tu le prends comme ça ? Tu ne m’as même pas laissé finir ma phrase. Ça te permettra de faire des contacts, te créer un réseau …
– Mon cul, oui ! Sois sérieux Marc, te fous pas de moi. Tu dis apprécier mes écrits alors que ce que tu me proposes est la quintessence même de ce que je débecte le plus dans ce milieu. Tu peux te le carrer bien profondément, ton réseau … Crois-tu sérieusement à ce que tu viens de me dire ? Crois-tu que je ne connais pas autant que toi le milieu dans lequel tu bosses. Bordel de merde, c’est moi qui t’es conseillé de finir tes études dans ce délire ! Quand tu deviens nègre une fois, tu le restes. T’y échappe pas. Ou du moins, on fait en sorte à ne pas te laisser en sortir. J’ai jamais eu la prétention de vouloir être publié, alors devenir nègre pour un quelconque loser … Pff, inutile de continuer cette conversation. Sur ce …»
Sans lui laisser le temps de répondre, je me levai de mon siège, lui claquai gentillement la joue en guise d’au revoir et disparu dans la première bouche de métro venue.
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Extrait d’une description ayant son importance (personnage secondaire) :
À raison de 3g de cock par jour, autant de calmants, psychotropes et autres tranquillisants dans les veines, c’était à se demander comment pouvait-elle encore tenir le moindre pinceau sans se détester. Passant ses journées à vaguement contempler une toile vierge, elle se protégeait sans aucune mesure derrière le titre de peintre dès qu’on lui demande de quoi vivait-elle. Question d’amour-propre. La seule chose qu’un artiste, raté ou non, a pour soi.
Mentir ne lui était pas difficile. Aucunement pour tout dire. Dès le plus âge, on lui avait fait comprendre, à tort ou à raison, qu’une vie sans mensonge ne valait pas la peine d’être vécue. Mentir par omission restait son subterfuge favori, en particulier avec ses proches. Niant tout et son contraire dès qu’on la mettait devant le fait accompli, ses mimiques laissaient penser à un chiot que l’on brutalisait. Le moindre mythomane accompli paraissait nullement persuasif face à cette boule de nerfs et d’orgueil.
Une unique chose déstabilisait véritablement cette petite Bérénice de pacotille. La mort. Lâche qu’elle était, elle n’assumait point sa responsabilité dans la mort de l’ensemble de son entourage. Fille unique à 7 ans, orpheline à 13, sans le moindre parent à 19. Pas un seul membre de sa famille ne connut une fin paisible et respectable.
Pas un seul ne put accéder à un quelconque repos. Toxique qu’elle était, le suicide semblait être la seule réponse aux souffrances qu’elle apportait avec joie. Avec délectation. Bien sûr, s’ensuivait alors un infime moment de culpabilité, rapidement écarté par le plaisir que procurait la souffrance d’autrui, ravie de voir sa mort dans celle de l’autre. Un long rire nerveux et sibyllin venait systématiquement ponctuer les offices funéraires auxquels elle eut l’occasion d’assister.
Pas un coup d’un soir, pas une seule aventure, pas un seul amant ne lui survécut. Noyés de miel et de chaleur par sa douce verve et son corps brûlant, tous furent brisés de la manière la plus méprisante qui soit. Lutter contre cela lui était vain. Seule la mort ressortait de son amour pour autrui.
C’était à se demander pourquoi, parmi l’ensemble de cadavres suivant sa trace, étais-je le seul à rester en vie. Être son voisin de palier me permis de comprendre une chose non-négligeable : Elle apportait la mort comme moi apportant la folie. Nul besoin d’avertir, nul besoin de s’expliquer. Sa seule présence dans mon salon me réconfortait.
Je pouvais écrire pendant des heures sans être dérangé, la voyant fuir silencieusement sa toile sans pouvoir se l’avouer une bonne fois pour toute. J’eus beau la mettre devant le fait accompli, tentant de lui faire comprendre qu’elle comme moi devions évoluer autrement, rien n’y fit. La voir se complaire m’amenait systématiquement à agir de même. Enfin, pas tout à fait …
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De nouveau face à une croisée des chemins, je me sens pour le moins patois. Remettre ce choix à plus tard ne m’est plus possible : j’arrive à une date butoir. Que faire entre choisir de finir ses études ou non, travailler ou non, s’investir complètement dans l’écriture ou non, recommencer à aimer ou non …
L’été arrive, le soleil ne veut toujours pas montrer sa gueule et je perds une nouvelle fois patience. Un mois entier enfermé dans le même cachot sans parvenir à une once de réponse. Ceci n’est point pathétique, mais tout bonnement burlesque. Je me plains d’une situation dont je suis à l’origine.
Tout en écrivant ces mots, je ris de ma déchéance. Mes invectives ne touche nul ennemi, seul moi en ressort meurtri. Aveugle que je suis, je me rends compte que ce n’est point la vue des autres qui me dégoûte. Ce n’est point les remontrances des autres qui m’horripile.
C’est mon reflet dans les yeux de l’autre qui me tue.
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Promis juré, je vais me discipliner. Plus la peine de me rabrouer pour que je poste davantage de billets. Promis juré, je vais me discipliner.