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PAPER BITCH

                      Ou comment nommer tout individu sévèrement embourbé dans un projet littéraire de piètre qualité

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“J’ai baisé un ouzbèke cette nuit, m’asséna brutalement Ingrid, drapée d’un banal kimono ne couvrant nullement son corps.

– Merci pour l’information, très chère. Que veux-tu que je réponde à cela ? Lui demandai-je sans même tourné la tête vers elle.

– Henri était sensé me rejoindre au Café Charlot vers minuit. Excité qu’il était à l’idée de pouvoir enfin me toucher, il voulait absolument ranger son loft de fond en combe avant de m’y rejoindre. Ce n’est pas que j’ai enfin accepté de l’épouser, et encore moins envie de coucher de nouveau avec cette grosse tata. Mais il me faisait tellement pitié que j’ai pas eu le courage de le rembarrer une nouvelle fois. Ou du moins, pas devant autant de monde … Tu veux bien arrêter d’écrire lorsque je te parle ?

– Pas possible, très chère. Écrire restera toujours plus important que tes histoires de cul, aussi passionnantes soient-elles. Et contrairement à toi, je suis capable de faire deux choses simultanément … Il t’a encore demandé ta main ? Quand ?

– Avant-hier, chez Ilya. 10 minutes après que tu sois parti pour aller te bourrer la gueule au turbin. J’aurai dû t’accompagner …

– Merde, il ne manque pas de courage celui-là. J’aurai aimé voir ça, lui dis-je, à moitié plié de rire sur mon ordinateur.

– Ferme-la et laisse-moi donc finir. Où en étais-je … Ah oui. Je m’étais installée à la terrasse de ce bar de merde et attendais l’autre, quand un serveur m’apporta une coupe de champagne. J’allais refusé, mais il me dit tout de go qu’un homme m’invitait à le rejoindre au fond de la salle. T’arrive à croire ça ? J’ai l’air d’une pute, dis-moi ? Me demanda-t-elle, à moitié cambrée contre l’encadrure de la porte d’entrée … Inutile de répondre, réagit-elle, se rendant compte de la perche tendue.

– De quoi avait-il l’air, ce mec ? lui demandai-je, histoire de paraître intéressé.

– Ben, il ressemblait à l’archétype du riche en manque de sensation. Costume sombre, rasé de près, cinquantaine bien tassée. Sur le coup, je me suis dis qu’il était préférable de perdre mon temps avec ce type plutôt que de faire chialer une nouvelle fois Henri en public.

– T’as toujours eu la main sur le sein, Ingrid. T’es trop bonne. Sers-moi un café tant que tu y es, s’il te plaît. Je viens d’en faire.

– Ta gueule, p’tit merdeux. T’aurai fait quoi à ma place ? … Inutile de me répondre, p’tain. C’est une foutue question rhétorique. Du whisky avec ton café ?

– Affirmatif. Mais on se perd là, reviens en au fait.

– Fous toi de moi … Je me suis donc levée et me dirigeai vers lui lorsqu’un gorille se planta devant moi sans crier gare. Mise sur le côté, fouille au corps, la totale quoi ! Je m’attendais pas à devoir franchir un cordon de sécurité pour me faire draguer. Après cela, je m’avance vers l’ouzbèke … Je me rappelle plus de son nom, donc autant l’appeler ainsi … Tout sourire, celui-ci m’accueillit comme la Reine de Saba, commandant la meilleure bouteille de bulles du bar, me plombant de compliments à faire rougir une black pour ensuite me raconter sa vie de barbouze. Le tout, bien sûr, sans même demander mon nom ou ce que je pouvais bien foutre là.

– Ahahah … J’avais pourtant cru que les slaves étaient particulièrement doux avec les femmes. Et Henri ?

– Pourquoi cherches-tu systématiquement à bousiller mes histoires ? Sale habitude que tu as, me lâche-t-elle, faussement gênée. L’ouzbèke me fit boire pendant près d’une heure, tout en racontant comment, durant sa prime-jeunesse, il passais son temps à buter du tchétchène, du serbe, et j’en passe … Henri conclut son récit en débarquant devant nous. Me connaissant, et étant complètement éméchée, tu ne t’étonnerai pas que je me mette à gueuler ton nom à travers le bar si t’étais à la place d’Henri. Ben ce con, au lieu de venir calmement vers moi, fonce vers l’ouzbèke.

– Ben, faut dire que ce con t’aime. Ne t’étonnes pas, par la suite, qu’il agisse aussi stupidement.

– Je t’ai dis de te taire et de m’écouter jusqu’au bout. C’est pas le moment de me faire répéter … Ce con n’eut même pas le temps de faire quoi que ce soit : le gorille l’a plaqué au sol comme un sac de sable et s’est mis à le tabasser sans la moindre hésitation. Je me suis jetée sur lui, histoire qu’Henri ne meure pas sur le coup, mais rien n’y fit. L’ouzbèke ne chercha même pas à arrêter son macaque. Tout le monde nous regardait mais pas la moindre personne, staff compris, ne chercha à s’interposer pour sauver Henri. La mort dans l’âme, je le laissai se faire finir tandis que l’ouzbèke m’emmena dehors …

– Noôon … Tu te rends compte de ce que tu me dis là ?

– Je plaisante pas, Dani. Faut dire, j’étais tellement bourrée que j’ai pas pu m’empêcher de rire pendant le carnage, me balança-t-elle, un sourire aux lèvres.

En sortant du café, il s’est rendu compte que sa brute avait gardé les clés de la berline. Je l’ai donc ramené à l’atelier. Au début, on peut dire qu’il savait y faire : il m’a pris en bouche, je lui ai rendu la pareille, puis il a commencé à me prendre par derrière. Mais ce con m’a attrapé les cheveux. Et tu sais à quel point je déteste ça ! s’exclama-t-elle Je le lui ai donc dit, mais il a rien voulu entendre. J’ai commencé à me débattre quand il m’a plaqué contre le mur, soi-disant par jeu. N’en pouvant plus, je lui ai fracassé le crâne avec une des poteries qu’on a fait le week-end dernier …

– OH PUTAIN, t’es sérieuse là ?! Y a un macabé chez toi ?!? m’écriais-je, complètement paniqué.

– Non non non, t’inquiètes pas, J’ai vérifié son pouls, il est encore vivant. J’étais justement en train de le traîner dans le couloir quand je me suis dis que tu pouvais me donner un coup de main, me dit-elle nonchalamment tout en me montrant du doigt le corps inanimé de son amant du soir.”

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Je ne m’étais jamais rendu compte à quel point cette histoire, ce livre pouvait m’obséder. Pour tout dire, j’en suis arrivé à faire de véritables cauchemars chaque nuit, mettant en scène des pans entiers de mon récit, avec pour protagoniste non pas mon personnage principal mais moi-même. Selon les nuits et l’intensité macabre de mon inconscient, il semble que j’alterne pleurs, cris et phrases incompréhensibles durant mon sommeil. Je ne peux en attester objectivement. Mais d’après divers témoins ayant eu l’occasion d’assister à cela, je serai à deux doigts de passer en institut spécialisé.

Je sais pas si l’on peut véritablement dire que mon roman se construit correctement. Étant totalement incapable de prendre du recul, je passe mon temps à réécrire systématiquement le chapitre sur lequel je travaille actuellement. Inutile de vous indiquer lequel, on n’en est pas encore là. Bien sûr, quand je dis “réécrire”, c’est au sens littéral, étant à la x réécriture du chapitre concerné … Attendez vous à ce que je me répète à ce sujet.

Il faut dire également que je manque particulièrement d’entrain en ce moment. Quitte à le reconnaître, autant le faire entièrement : JE ME FAIS CHIER AU POSSIBLE lorsque je n’écris point. Une météorite ou un attentat (de très mauvais goût, je sais) serait on ne peut plus souhaitable, histoire de me réveiller de cette lente torpeur qui me pénètre. Peut-être va-t-il falloir que je commence à bouger mon cul, sortir, parler, rencontrer, aimer, baiser ou je ne sais quoi encore pour me sentir moins affecté.

Mais, je ne peux le nier, ni même vous mentir à ce sujet : je ne sais plus vraiment comment m’y prendre.

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Saviez-vous qu’un membre tumblr ne peut s’abonner qu’à 5000 blogs maximum ? Faute d’en avoir été informé, ce n’est qu’après 10 jours à me prendre le chou sur vos pages que je me rendis compte que nos comptes étaient en fait plus que limités. Existe-il une âme charitable et motivée pour engager une action collective contre Tumblr à ce sujet ? Plastiquer leurs locaux serait tout aussi efficace.

Je suis bien trop exténué pour le faire … Remember, I’m a Paper Bitch.

KEYSER SOZE AURAIT DU M`ACHEVER

– Comment me trouvez-vous ? Est ce que cette robe me va bien ?

Répondre à cette question m’est véritablement devenu insupportable. Retrouvant de nouveau mon statut d’esclave consentant, me voilà victime de lourdes tentatives de drague prodiguées par des femmes de l’âge de ma mère, voire de ma grand-mère. Et ce à longueur de journée, bien sûr. Pas meilleur formation pour devenir gigolo. Le principal inconvénient lorsque l’on se retrouve vendeur dans un magasin de fringues pour grandes bourgeoises n’a jamais été d’être courtois, respectueux ou même lèche-cul. On peut dire que ce sont des conditions inhérentes à la fonction de vendeur en prêt-à-porter.

Non. Le principal inconvénient dans ce genre de situation est d’être confronté à un monde auquel vous n’appartenez point, et auquel vous ne voulez nullement adhérer. Le peu de considération pouvant m’échapper à l’égard de mes clientes affamées se limite à les inciter à dégager de la manière la plus subtil possible. Vous me direz que je suis méchant, irrespectueux ou totalement hypocrite. C’est le cas. N’ayant nullement la fibre humanitaire, égoïste que je suis, je me vois mal avoir de la sollicitude pour une femme dont le seul objectif n’est pas de sortir sa carte bleue, mais de sortir ma queue.

– Non, Madame, avec tout le respect que je vous dois, je préférerai me trancher les veines sur la caisse enregistreuse plutôt que de vous dire ce que vous souhaitez entendre.

Une unique chose me sauve de ce tartare salarial. Le patron n’est pas là … Étant sensé le remplacer. Mes efforts quotidiens se limitant à poser mon cul sur un fauteuil et de continuer à rédiger mon livre entre deux clientes mal-baisées, je vois mon esprit phagocyté par des tailles 42 ou des pompes Louboutin au lieu de m’investir totalement dans l’écriture. À cela s’ajoute la perte de près de la totalité de mes écrits après un sursaut de révolte de la part de mon ordinateur. Celui-ci faillit littéralement passer à travers la vitrine du magasin lorsque je m’en rendis compte. Dieu merci, quelques sauvegardes existent … Dispersées à travers Paris auprès de personnes ne sachant plus vraiment si je suis encore de ce monde ou non. Say no more.

Rasé de près, habillé comme un pacha et devant puer l’eau de Cologne bon marché, je me vois mal continuer. Bien sûr, quelques femmes de mon âge viennent faire un tour dans cette antre décadente, mais le peu de conversation engagée avec celles-ci me laisse croire que, d’ici quelques décennies, Je vivrai en moine errant plutôt que de vivre à leur coté.

On peut le dire franchement, cet été a tout l’air d’être bien pourri.

                

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